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LES
DEVINETTES DE WOLF ERLBRUCH
Que font les adultes tout le jour durant ? Ils s'affairent : ils vendent
la peau d'un ours qu'ils n'ont pas tué ou alors ils comptent les
harengs.Les adultes sont bizarres.
Que font-ils le soir venu ? Ils se couchent et quand la nuit tombe, ils
dorment.
Ils ferment donc les yeux au moment où l'ours (qui n'a pas été
tué) est de sortie. Que fait l'ours dans la nuit des villes ? Il
cherche une maman ourse dans une ruelle où vient de passer un gorille
qui porte une montre au poignet gauche (le gorille ne tombe évidemment
pas de la dernière pluie ) et qui a des empreinte digitales tatouées
sur tout le corps (Wolf Erlbruch les a repérées et les a
reproduites avec la plus grande fidélité).
Qui évite le gorille dans les rues obscures ? Les petits filles.
Elles valent pourtant le déplacement. Elles sont drôlement
grandes et sacrément habiles avec les cerceaux, les lapins , les
rats, les tulipes et tout ce qui est vraiment utile dans la vie.
Comment s'y prennent-elles pour réaliser toutes ces opérations
en gardant toujours si propres leurs chaussettes blanches (leur tablier
empesé aussi) ? On ne sait pas. C'est le mystère des filles.
Et les harengs, comment battent-ils le pavé nocturne ? En dansant
sur la pointe des nageoires. Pourquoi sont-ils si légers ? Parce
qu'ils sont fait avec des coupures de journal (c'est uen autre histoire
mais quand même : une fois qu'on a compris ce secret de fabrication,
on a compris beaucoup de choses).
Où déniche-t-on ces journaux ? Dans les corbeilles à
papier. Elles sont pleines de documents précieux qui ne demandent
qu'à raconter des histoires : on y trouve des maisons d'architecte,
des lunes de géographes, des paquebots d'instituteur allemand,
et des colonnes de chiffres écrits par une vieille dame. Ce sont
de bons ingrédients pour connaître la nuit.
Dans ces conditions, comment ne pas perdre la boule ? En la laissnt dessiner
par Wolf Erlbruch : il sait qu'elle est rouge et blanche comme une fraise,
ronde comme une montre, dodue comme la truffe d'un basset lunatique, élastique
comme une petite fille qui saute à travers un cerceau. Il la ramasse.
Il la donne au premier enfant qui passe dans la nuit. L'enfant la prend
et la tend à un adulte. Qui ne la voit même pas.
Les
adultes ne comprennent rien à la nuit. Ils préfèrent
le jour pour compter des peaux d'ours ou tuer des harengs qu'ils n'ont
pas vendus. Ces occupations les amusent. Ils ignorent tout du sérieux
de la vie. Et de la nuit. Heureusement que Wolf Erlbruch est là,
pour les border dans le lit des rêves et les emmener naviguer au
milieu des devinettes de leur enfance. Donc de la nôtre.
Jean-Noël
Blanc
Né
en 1945, Jean-Noël Blanc est écrivain, nouvelliste et sociologue
urbain.
Il a notamment publié : Esperluette et compagnie, Seghers,
1991 ; Galipettes arithmétiques choisies, Le Dilettante,
1993 ; Hôtel intérieur nuit, HB Editions, 1995 ; Tir
au but, 1999 et Le tour de France n'aura jamais lieu, Le Seuil
(coll. Points), 2000.
En jeunesse, il a fait paraître : Fil de fer, la vie, Gallimard,
1998 ; Langue de chat (illustrations Jean-Philippe Chabot), Pocket
Junior, 1999 ; Bardanne par exemple, Gallimard, 1999.
Die
Rätsel des Wolf Erlbruch
Was
machen die Erwachsenen den lieben, langen Tag? Sie sind eifrig zugange:
Sie verkaufen das Fell eines Bären, den sie nicht getötet haben,
oder aber zählen Heringe.
Die Erwachsenen sind seltsam. Was machen sie am Abend?
Sie legen sich ins Bett und schlafen, wenn die Nacht anbricht. Sie schließen
also ihre Augen in dem Moment, wo der Bär (der nicht getötet wurde)
ausgeht. Was macht der Bär in der Nacht der Städte? Er sucht
eine Mama-Bärin in einer kleinen Gasse, in der gerade ein Gorilla
vorbeikommt, der eine Uhr am linken Handgelenk trägt (der Gorilla
ist natürlich nicht von gestern) und tätowierte Fingerabdrücke
am ganzen Körper hat (Wolf Erlbruch hat sie ausfindig gemacht und originalgetreu
nachgebildet). Wer meidet den Gorilla in den dunklen Straßen? Die jungen
Mädchen. Sie sind dennoch sehenswert. Sie sind ungeheuer groß
und ungemein geschickt mit ihren Reifen, Kaninchen, Ratten, Tulpen und
allem, was im Leben wirklich nützlich ist. Wie fangen sie es nur
an, bei all diesen Aktionen ihre weißen Strümpfe so sauberzuhalten
(und auch ihre gestärkten Schürzen)? Man weiß es nicht.
Es ist das Geheimnis der Mädchen. Und die Heringe, wie klopfen sie
auf das nächtliche Straßenpflaster? Indem sie auf den Spitzen ihrer
Flossen tanzen. Warum sind sie so leicht? Weil sie mit Zeitungsausschnitten
gemacht sind (Das ist wieder eine andere Geschichte, aber dennoch: Hat
man einmal das Geheimnis ihrer Herstellung verstanden, versteht man vieles).
Wo treibt man diese Zeitungen auf? In Papierkörben. Sie sind voller kostbarer
Dokumente, die nur darauf warten, Geschichten erzählen zu dürfen:
Hier findet man Häuser eines Architekten, Monde eines Geographen,
Fahrgastschiffe eines deutschen Lehrers und Zahlenkolonnen, geschrieben
von einer alten Dame. Dies sind gute Ingredienzen, um die Nacht zu erleben.
Wie soll man unter diesen Umständen nicht durchdrehen, die Kugel
aus der Hand fallen lassen? Indem man sie von Wolf Erlbruch zeichnen läßt:
Er weiß, daß sie rot und weiß ist wie eine Erdbeere, rund
wie eine Uhr, dick wie die Nase eines launischen Dackels, elastisch wie
ein kleines Mädchen, das durch einen Reifen springt. Er hebt sie
auf. Er gibt sie dem ersten Kind, das nachts vorbeikommt. Das Kind nimmt
sie und streckt sie einem Erwachsenen hin. Er sieht sie nicht einmal.
Die Erwachsenen verstehen nichts von der Nacht. Sie ziehen den Tag vor,
um Bärenfelle zu zählen oder Heringe zu töten, die sie nicht
verkauft haben. Diese Beschäftigungen lenken sie ab. Sie wissen nichts
vom Ernst des Lebens. Und der Nacht. Wie gut, daß es Wolf Erlbruch
gibt, um sie im Bett ihrer Träume zuzudecken und sie in die Welt
der Rätsel ihrer Kindheit zu geleiten. Der unsrigen also.
Jean-Noël Blanc
Traduction : Katja Freigang
Jean-Noël
Blanc, Jahrgang 1945, ist Schriftsteller, Novellist und Stadtsoziologe.
Unter anderem hat er folgende Werke veröffentlicht : Esperluette
et compagnie, Seghers, 1991; Galipettes arithmétiques choisies,
Le Dilettante, 1993 ; Hôtel intérieur nuit, HB Éditions,
1995 ; Tir au but, 1999 und Le Tour de France n'aura jamais
lieu, 2000 Les Éditions du Seuil (Coll. Points). Seine Jugendbücher
heiben: Fil de fer, la vie, Gallimard 1998 ; Langue de chat
(Illustrationen von Jean-Philippe Chabot), Pocket Junior 1999 ; Bardane
par exemple, Gallimard 1999.
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