WOLF ERLBRUCH - UN ILLUSTRATEUR POST-MODERNE


Liberté de la création artistique ou illustration ? POur Wolf Erlbruch, un tel cloisonnement semble dénué de sens, car ces images unissent divers éléments picturaux qui contrastent les uns avec les autres ; à la fois concrets et complexes, ils allient tradition et dimension expérimentale, tendent parfois vers l'abstraction philosophique et abstraite et sont d'autres fois d'une simplicité et d'une expressivité totale. Erlbruch joue avec les styles, les genres et les techniques de l'histoire culturelle à la manière d'un artiste post-moderne. Le destinataire de ses ouvrages illustrés n'est pas davantage déterminé de manière univoque : aucune distinction n'est établie entre lecteur adulte et enfant

Personnages pantins nés de l'imaginaire

Les personnages d'Erlbruch font appel à la technique du dessin, de la peinture, du collage. Ils donnent souvent l'impression d'être tordus, difformes, comme des pantins de papier mal assemblés. L'artiste recourt surtout au collage pour élaborer ce genre de personnage grotesques. L'ogresse [dans "L'Ogresse en pleurs" de Valérie Dayre (1996)], avec son corps lourd et pataud et sa grosse tête est un personnage menaçant et en même temps pitoyable. Au lieu de la caricature qui recourt surtout au trait pour faire ressortir les éléments caractéristiques d'un personnage, Erlbruch choisit ici le style du grotesque qui met plus clairement en valeur le caractère étrange des personnages et laisse transparaître la dimension de l'absurde. Il utilise aussi, tout à fait sciemment, le dessin et le collage pour représenter des personnages enfantins charmants dans la tradition de l'illustration de livres pour enfants et auxquels les jeunes lecteurs peuvent facilement s'identifier [par exemple dans " Léonard " (1991) et " Allons voir la nuit " (1999/2000)].

Les matériaux sont éléments du récit

Les personnages des livres illustrés par Erlbruch s'adressent aux lecteurs sur deux plans : ils font partie du récit et en même temps racontent l'histoire du matériau utilisé et des techniques du collage, du découpage, de l'impression. La surface colorée qui sert de fond à ses illustrations s'apparent aux couleurs naturelles du papier d'emballage et de la surface brute des papiers à la louche. Ce sont aussi des tableaux ou des rangées de chiffres imprimés sur du papier jauni et qui font référence à des systèmes organisés selon un ordre donné. Toutes ces références à un matériau et à des systèmes permettent au lecteur de faire remonter des souvenirs personnels et de recourir à des associations d'idées qui lui sont propres. L'utilisation de vieux papiers et de carton peut aussi être comprise comme une réponse de l'artiste aux mondes immatériels et virtuels de l'image. Erlbruch met l'accent sur le monde spécifique du papier imprimé qui s'exprime dans une langue différente de celle des images fragmentaires et saccadées de la télévision et des écrans d'ordinateurs. On peut donc qualifier Erlbruch de moraliste dans un monde de l'image dominé par l'ordinateur.

Signes graphiques et références artistiques

Wolf Erlbruch est familier du monde pictural des surréalistes dominé par l'étrange. On peut mettre en évidence dans son oeuvre de nombreuses références à certaines périodes de l'histoire de l'art, en particulier à des artistes comme Max Ernst, Otto Dix, Max Beckmann ou Giorgio de Chirico [par exemple dans " L'Ogresse en pleurs " (1993), " Allons voir la nuit " (1999/2000) , ou dans " Le nouvel abécédaire " (2000)]. Mais Erlbruch ne pratique pas la citation picturale directe, il s'agit pour lui plutôt d'évoquer l'art du passé par le biais d'associations d'idées. L'auteur envisage par exemple des éléments mythiques tels que la lune ou le poisson comme signes ouverts et polysémiques qui, bien qu'issus d'une tradition picturale établie, peuvent néanmoins être interprétés de manière totalement isolée. Les illustrations d'Erlbruch sont toujours des récits en image construits avec beaucoup de bon sens qui offrent à celui qui les regarde la possibilité d'élaborer librement ses propres associations et d'emporter ainsi ces impressions picturales dans son propre voyage à tarvers le monde du visible.

 

Les surfaces colorées sont chargées de sens
Les illustrations de Wolf Erlbruch ont une caractéristique commune : les grandes surfaces monochromes qui déstabilisent la perception de l'espace. La surface colorée joue tantôt le rôle d'un fond, tantôt elle établit une tension entre différents personnages ou même elle constitue un espace vide laissant place à des images qui ne sont pas montrées et demeurent dans l'imaginaire. Personnages et motifs sont souvent repoussés vers les marges ou presque en dehors du cadre de l'image, ce qui contribue à focaliser le regard du spectateur sur la surface ainsi laissée libre [par exemple dans " Les cinq affreux ", (1990 / 1994)]. Cela revient, comme dans l'art moderne, à donner à la surface vide une valeur propre en tant signifiant.

Un style pictural post-moderne

Les constructions picturales de Wolf Erlbruch associent différents styles et des ruptures de style conscientes et voulues. Par leur graphisme qui renvoie en partie aux primitifs, elles font une sorte de retour en arrière dans la chronologie de l'histoire de l'art, mais en parallèle, l'artiste déroule sous nos yeux, apr le montage, la présencede surfaces monochromes et le recours à une peinture expressive, les phases de l'évolution de l'art moderne. Il créé ainsi une tension particulière entre les expériences picturales du passé et celles de l'époque actuelle, entre tradition de l'histoire de l'art et conceptions picturales de l'avant-garde. Dans " Le nouvel abacédaire " de Karl Philipp Moritz par exemple, on rencontre à la fois le style satirique des dessins réalisés par George Grosz dans les années vingt et des allusions aussi bien à Rembrandt qu'à Bruce Naumann.

Jens Thiele
Traduction de Françoise Toraille

Jens Thiele enseigne les médias visuels et est directeur du centre de recherche de littérature jeunesse à l'université d'Oldenburg.

 

 

Wolf Erlbruch ­ ein postmoderner

Illustrator Freie Kunst oder Illustration? Für Wolf Erlbruch scheinen solche Schubladen nicht zu existieren, denn seine Bilder setzen sich aus verschiedenen bildnerischen Gegensätzen zusammen: sie sind gegenständlich und zugleich uneindeutig, sie sind traditionell und zugleich experimentell, sie sind manchmal philosophisch-abstrakt und dann wieder ganz einfach und anschaulich. Erlbruch spielt mit den Stilen, Genres und Tech-ni-ken der Kulturgeschichte wie ein postmoderner Künstler. Auch der Adressat ist in seinen Bilderbüchern nicht mehr festgelegt: es gibt dort keine erkennbare Trennlinie zwischen kindlichem und erwachsenem Betrachter.

Montierte Phantasiegestalten
Erlbruchs Figuren sind gezeichnet, gemalt und collagiert. Oft wirken sie verdreht und verzogen, wie falsch zusammenmontierte Papierpuppen. Vor allem mit Hilfe der Collagetechnik entwirft der Künstler solche grotesken Figuren. "Die Menschenfresserin" von Valérie Dayre (1995) ist mit ihrem plumpen, schweren Körper und dem gewaltigen Kopf eine bedrohliche, aber auch bedauernswerte Phantasiegestalt. Statt der Karikatur, die eher typisiert, wählt Erlbruch hier die Groteske, die die Fremdheit der Wesen stärker sichtbar macht und das Absurde durchscheinen lässt. Daneben zeichnet oder collagiert Erlbruch aber auch ganz bewusst niedliche Kinderfiguren, die in der Tradition des Illustrierens stehen und direkte Projektionsfiguren für Kinder sind (Beispiele: "Leonard", 1991; "Nachts", 1999).

Das Material erzählt
Die Figuren in Erlbruchs Bilderbüchern erzählen auf zwei Ebenen: sie sind Teil der erzählten Geschichte, und sie erzählen zugleich von der Geschichte des verwendeten Materials und den Techniken des Klebens, des Ausschneidens und Druckens. Ähnlich wie Kveta Pacovskà rückt Wolf Erlbruch das Material, das er für seine Collagen verwendet, ins Blickfeld. Schon die Grundfarbigkeit seiner Illustrationen zeigt eine Nähe zu den Naturfarben des Packpapiers, der rauhen, spürbaren Oberfläche geschöpfter Papiere. Daneben sind es gedruckte Tabellen und Zahlenreihen auf vergilbtem Papier, die auf ordnende Systeme hinweisen. All diese Material- und Systemverweise lassen beim Betrachter eigene, individuelle Erinnerungen und Assoziationen zu. Die Verwendung der alten Papiere und Kartons kann auch als Antwort des Künstlers auf die immateriellen, virtuellen Bildwelten gesehen werden. Erlbruch insistiert auf der Eigenwelt des bedruckten Papiers, das eine andere Sprache spricht als die vorbeispringenden Bildfragmente der TV- und Computer-Monitore. Insofern ist Wolf Erlbruch durchaus ein zeichnender Moralist in einer computergesteuerten Bildwelt.

Bildzeichen und Kunstzitate
Wolf Erlbruch kennt sich aus in den fremden Bildwelten der Surrealisten. So lassen sich in seinen Illustrationen zahlreiche kunst- und kulturhistorische Anklänge finden, u.a. von Max Ernst, Otto Dix, Max Beckmann oder Giorgio de Chirico (z.B. in "Die Menschenfresserin", 1993; in "Nachts", 1999, oder in "Neues ABC-Buch", 2000). Erlbruch verwendet aber keine direkten Bildzitate, sondern eher Assoziationen an die vergangene Kunst. Die mythischen Zeichen wie Mond oder Fisch versteht der Künstler zum Beispiel als offene, mehrdeutige Bildzeichen, die zwar aus einer festen Bildtradition kommen, aber auch ganz individuell zu deuten sind. Erlbruchs Bilder sind immer beides: klug konstruierte bildhafte Erzählungen und zugleich offene Assoziationsflächen für den Betrachter, der die Bildeindrücke auf seine eigene, visuelle Gedankenreise mit nehmen kann.

Farbflächen als Bedeutungsträger
Charakteristisch für Erlbruchs Bilder sind die großen, einfarbigen Flächen, die zu irritierenden Raumwirkungen führen. Die monochrome Farbfläche ist mal Hintergrund, mal Spannungsraum zwischen Figuren, manchmal auch Leerstelle für nicht gezeigte, gedachte Bilder. Figuren und Motive werden oft an den Rand oder beinahe aus dem Bildraum herausgeschoben, so dass der Blick des Betrachters auf die freie Fläche gelenkt wird (Beispiel: "Die Fürchterlichen Fünf", 1990). So wird, wie in der Kunstmoderne, die leere Fläche zu einem eigenen Bedeutungsträger.

Ein postmoderner Bildstil
Wolf Erlbruchs Bildkonzepte fügen sich aus wechselnden Stilen und bewussten Stilbrüchen zusammen. In ihrem z.T. altmeisterlichen Zeichenstil pendeln die Illustrationen zurück in die Kulturgeschichte, doch zugleich führt der Künstler über Bildschnitte, monochrome Farbflächen und expressive Malerei die Entwicklung der Moderne vor Augen. So entsteht eine eigenartige Spannung zwischen vergangenen und gegenwärtigen Bilderfahrungen, zwischen kunsthistorischen Traditionen und Bildauffassungen der Avantgarde. Im “Neuen ABC-Buch³ von Karl Philipp Moritz etwa entdeckt man den kritischen Stil aus Georges Grosz´ Zeichnungen der 20er Jahre ebenso wie Anlehnungen an Rembrandt oder Bruce Nauman.

Jens Thiele

Jens Thiele lehrt visuelle Medien und leitet die Forschungsstelle Kinder-und Jugendliteratur an der Universität Oldenburg.